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QUI A TIRE LA CHASSE D'EAU ?

 

Auteur : René NOMMER



Mai 2013

Pièce en 2 actes*

Durée :~110 minutes

Trois hommes

Cinq femmes

Décor unique et contemporain

 

 

 

Scénario.

 

Gisèle est revenue du ski tête et pied bandée, suite à un accident de ski.

Elle est d’autant plus mal lunée que çà va l’empêcher de partir en croisière comme prévu. Elle est accueillie par Emilie la jeune bonne qui allait partir, son patron André lui ayant donné congé pour l’après-midi, parce qu’il s’apprêtait à recevoir chez lui Monique femme rencontrée sur internet et qui se dit trompée et délaissée par son mari docteur. André ne sait pas que Monique est la femme de Paillard son copain d’enfance. Monique a enfin accepté un rendez-vous après plusieurs refus. André va donc insister pour que Gisèle sa femme parte à tout prix en croisière. L’arrivée impromptue de Jérôme détective, va apporter son lot de surprises.

 

Personnages

 

Gisèle 35 ans, petite fortune personnelle, assez légère, ne pense qu'à s’amuser.

 

André Gazon, son mari, représentant en lingerie féminine, après douze ans de mariage a eu une touche sur Internet avec Monique belle inconnue.

 

Emilie la bonne, mignonne, naïve et rusée, aime jongler avec ses patrons.

 

Paillard, docteur, blagueur pas toujours raffiné, c’est le mari de Monique. Coureur de jupons, joue le rôle du cocu.

 

Monique Paillard, l' inconnue d'Internet. Elle veut tromper son mari par vengeance.

 

Annelise amie allemande de Gisèle. Très dynamique, elle parle français avec un accent et des expressions allemandes. Très grosses blagues. Petit lexique d'allemand à la fin de la pièce.

 

Jérôme le détective, malin et pas très futé.

 

Patricia femme de Jérôme. Aguicheuse, joue double jeu tantôt sérieuse, tantôt délurée.

 

 

Décors : Un salon bien agencé, avec fauteuil, divan, sorties cuisine, salle de bains et chambres.

Sur scène Emilie est en train de se préparer pour sortir. Elle se pomponne devant la glace, rouge à lèvres, etc.

 

 

 

ACTE 1

 

 

EMILIE – T’as de la chance ma vieille, le patron qui te donne l’après-midi, la patronne au ski, j’espère qu’elle va se casser une jambe, nouille, ce serait pas cool, je serais obligé de me la farcir, Emilie, mon thé, Emilie, remonte ma couverture, Emilie presse-toi, Emilie gna gna gna ! Il faut que je la supporte, c'est elle qui a le pognon.Heureusement qu’après le ski elle part en croisade, pardon en croisière ma vieille et dix jours de tranquillité en plus.

 

Elle ramasse ses affaires et va pour sortir quand retentit la sonnette.

 

EMILIE – C’est quoi, une visite, je ne suis plus là. ( La sonnette insiste Emilie ne bouge pas.) Tu peux toujours sonner, il n’y a personne. ( On entend une clé qui tourne dans la serrure). C’est un voleur ?

 

Elle lève son sac prête à frapper l’intrus et Gisèle entre, le sac d’ Emilie la rate de peu.

 

EMILIE - Madame Gisèle, on n’a pas idée de faire des frayeurs pareilles, encore un peu et vous aviez mon sac sur la tête. Oh ! Vous êtes blessée, j'aurais pu vous achever et le ski alors ?

 

GISELE (surprise ) – Vous alliez me frapper, on n’est même plus en sécurité chez soi. Le ski ? Terminé, du coup je vais aussi rater la croisière. Mes blessures, c’est la faute de mon moniteur de ski, cette andouille a insisté pour que j'enfourche une foutue planche de snowboard et voilà le résultat, foulure au pied, traumatisme crânien.

 

EMILIE ( narquoise)- Ca doit faire mal !

 

GISELE – Oh oui ! Vous alliez sortir dites-moi, pour faire des courses ?

 

EMILIE – Votre mari m’a donné mon après-midi, je m’apprêtais à partir, alors si vous n’y voyez pas d’inconvénient, je vais y aller.

 

GISELE ( geignarde ) – Et me laisser toute seule me débrouiller, vous n’y pensez pas Emilie, j’ai besoin de vous, maintenant plus que jamais, je suis handicapée, d’ailleurs je me sens mal.

 

Elle porte la main à sa tête et Emilie la soutient jusqu’au divan.

 

EMILIE ( faussement apitoyée) – Ca va aller, c’est la fatigue du voyage. Je dois décommander mon rendez-vous, très important, j’en avais parlé à Madame.

 

GISELE – Oui, vous voulez nous quitter. Que vais-je faire sans vous, voyez, je suis impotente, restez, vous n’aurez pas affaire à une ingrate.

 

EMILIE ( en aparté) - La semaine dernière elle voulait m’éjecter, (tout haut) nous en reparlerons plus tard. Madame désire-t’elle un café ou un thé ?

 

GISELE – Un thé ma bonne Emilie et des comprimés pour la migraine, ma tête va éclater.

 

EMILIE – J’y cours, Madame. ( Elle sort.)

 

GISELE – Quand on a besoin d’eux, ils veulent nous quitter, quels ingrats ces employés. En plus, j’ai une de ces envies.

 

Elle se lève péniblement et sort. Par la porte principale arrive André le mari. Il a un portable d'une main et une valise de présentation dans l'autre.

 

ANDRE – Tiens ! C’est ouvert, non ma chérie, je disais c’est ouvert. La porte de l’appartement n’était pas fermée. Sans doute un oubli de notre bonne. Alors ce soir je t’attends, toi qui dis toujours qu’on ne se voit qu’entre deux écrans, le mien est toujours noir. On a l’appartement pour nous, la bonne est en congé, ma femme, absente. Monique c’est le bonheur, je t’attends mon amour, huit heures, n’oublie pas.

 

Sur le seuil il y a Gisèle, André a un sursaut violent.

 

ANDRE – Gisou ! Hein ! Déjà là ? Il n’y avait plus de neige ? Tu ne devais rentrer que demain. Oh ! tu es blessée, tu ne m’as rien dit au téléphone !

 

GISELE – Comme tu vois, je ne voulais pas t’inquiéter. A qui as-tu dit, n’oublie pas ?

 

ANDRE – A qui j’ai dit? A une secrétaire, elles oublient toujours les choses importantes.

 

GISELE – Je croyais que tu les vouvoyais.

 

ANDRE – Quand elles m’énervent je les tutoie.

 

GISELE – Tu n'es pas à ton travail ? Ton nouveau boulot, essayer des petites culottes ou des soutiens-gorges à des clientes lubriques, c'est le pied pour un homme, je me demande si je ne préférais pas ton travail précédent !

 

ANDRE – Tu trouvais mon job aux pompes funèbres très funèbre.

 

GISELE – Evidemment, habiller des morts c'est beaucoup moins excitant que triturer des nanas bien vivantes.

 

ANDRE – Tu as de ces mots, triturer des nanas !

 

GISELE – Comme tu vois je suis salement amochée, foulure, trauma, défigurée, c’est pas de veine. Pour couronner le tout la croisière est avancée d'un jour, je dois partir ce soir.

 

ANDRE – Comment, la croisière est avancée ?

 

GISELE – C’est dans le journal et Annelise m'a téléphoné, elle passe me prendre tout à l’heure. De toute façon c’est foutu pour la croisière.

 

ANDRE – C’est bien le moment de parler de croisière. Ton pied n’est pas cassé ? Et ta tête, c’est douloureux ? Laisse-moi voir, ( Il enlève le bandage ) Je t’interdis de dire que tu es défigurée, tu n’as que quelques bleus et bosses.

 

GISELE – Je voudrais t’y voir, j’ai très mal, et de plus Emilie veut nous quitter.

 

ANDRE – Comment, nous quitter ? Elle ne m’en a rien dit, je lui avais donné son après-midi.

 

GISELE – C’est bien toi çà, lui donner son après-midi, quand j'ai besoin d’elle, je ne peux presque pas bouger.

 

ANDRE – Je ne pouvais pas prévoir. Je vais appeler le docteur Paillard, un ami à moi, il va te remettre sur pied en un rien de temps.( Il cherche le numéro et le compose sur son portable.) Allô, le cabinet du docteur Paillard, André Gazon à l’appareil, je téléphone pour ma femme, un petit accident de ski, s’il peut venir tout de suite, ah ! Vous êtes madame Paillard, Monique Paillard, çà alors ! Comment ? Non, je voulais dire c’est bien, je n’ai pas l’honneur de vous connaître. Pardon ! Vous l’appelez sur son portable, il est sur la route, c’est au 112, rue des Martyrs, merci beaucoup madame Paillard. Et voilà, il arrive tout de suite.

 

GISELE – Un petit accident de ski, j’aurais pu me tuer. Ce docteur Paillard, je le connais ?

 

ANDRE – Pas du tout, un vieux copain de classe que j'ai perdu de vue.

 

GISELE – Pourquoi n’as-tu pas appelé le docteur Trouillot ?

 

ANDRE – Trouillot? Il ne connait rien aux entorses. Mon ami Paillard est spécialiste en fracture, foulure, il est dans la médecine sportive.

 

GISELE – Sa femme travaille avec lui dans son cabinet ?

 

ANDRE – Peut-être, je n’en sais rien, je ne la connais pas.

 

Emilie amène le thé et les comprimés.

 

EMILIE – Madame, le thé et les comprimés. ( Elle sert le thé.)

 

ANDRE – J’ai appris que vous vouliez nous quitter Emilie ?

 

EMILIE – C’est un projet, monsieur.

 

ANDRE – Vous ne vous plaisez plus chez nous ?

 

EMILIE ( un regard en coin vers Gisèle)– Si, je suis un peu coincée, je dois gagner plus de pognon car mon Fredo est au chômage !

 

ANDRE – Votre Fredo au chômage ? Avec vingt euros de plus par mois, çà ira ?

 

EMILIE – Monsieur sait parler aux employés, par contre vingt euros euh!

 

ANDRE - Alors disons cinquante.

 

EMILIE ( satisfaite ) - Ah! Monsieur me prend par les sentiments, si madame pense de même, je vais rester.

 

GISELE - André se la joue facile, avec l'argent des autres, le mien surtout, pour une fois, je suis d'accord.

 

ANDRE - L'argent des autres ? Nous sommes mariés, que diable ! Auriez-vous mis ma parole en doute, Emilie?

 

EMILIE - Pas du tout, dans les ménages ce sont souvent les dames qui tirent les ficelles.

 

ANDRE - Les ficelles?

 

EMILIE - Oui! Les ficelles de la bourse.

 

GISELE - Vous voulez dire les cordons ?

 

EMILIE - C'est cela Madame, les cordes.

 

ANDRE - Les cord.... On sonne Emilie va ouvrir. C’est le docteur Paillard.

 

PAILLARD ( serre les mains d'André avec force ) – Bonjour, André, Dédé en souvenir du bon vieux temps comment va ? Bonjour madame, enchantée, j'étais dans le coin, ma femme m’a prévenu. Alors que se passe-t’il ? On se blesse au ski, on a descendu une piste noire ? André ! Ta femme est charmante.. ( Il parle tout en déballant ses instruments.) C’est arrivé comment ? Montrez-moi ce joli petit pied, il est enflé ? ( Gisèle veut parler mais ne peux placer un mot.) Ca fait mal quand j’appuie ? Oh ! Mais...,c’est déplacé là, on va arranger cela. Je peux vous appeler Gisèle ? Merci. Regardez mon ami Dédé ! Il est tout vert.

 

Gisèle se retourne vers son mari et le docteur en profite pour lui tirer sur le pied.

 

GISELE – Aïe ! Vous êtes fou ! Vous m’avez fait mal!

 

PAILLARD – Mon petit subterfuge a bien marché, je l’emploie souvent pour détourner l’attention.Votre pied est redressé. Dans trois heures, vous allez courir comme une …, gazelle, ou plutôt un chamois, comme vous revenez de la montagne.

 

GISELE – Je n’ai pas goûté la plaisanterie.

 

ANDRE – C’est grave Jules ?

 

PAILLARD – Une petite entorse, madame va bientôt trottiner comme une biche.

 

GISELE – Il y a une minute j’étais une gazelle, ensuite un chamois, maintenant je suis une biche, j’espère que je ne vais pas finir en chèvre. Vous êtes sûr que dans trois heures, je vais pouvoir marcher, sinon je peux dire adieu à ma croisière et ma tête, vous n’avez pas encore regardé ma blessure à la tête ?

 

PAILLARD – Oh ! On avait oublié la tête, où avais-je la tête, elle est un peu enflée. Voyons voir ce bleu, oh ! Un beau bleu turquoise, qui va virer au vert émeraude, pour finir en jaune topaze, Dédé, une vraie bijouterie ta femme. Tu pourras remplacer ces diamants éphémères par des vrais chez le bijoutier. Et derrière le bleu de madame qu’est-ce qu’il y a ? Il y a un bel œuf de pigeon, que dis-je de colombe, je n’ose dire une corne, André est sûrement un mari fidèle. Dans trois jours votre tête aura repris son volume normal et tout ira bien. Je vous prescris un sédatif, une pommade, des comprimés et …

 

GISELE – Docteur, vous avez dit que ma tête était enflée, il faudrait me faire une radio, je suis déformée. Il faut que je me voie dans une glace, Emilie aidez-moi, je veux me voir dans la glace de la salle de bains.

 

Elle se lève avec l’aide d’Emilie et sortent.

 

PAILLARD – Ce n’est pas grave, pas grave du tout madame, c’était une image, un cliché. Vous n’avez pratiquement rien. Ah ! Les patients, il ne faudrait jamais leur dire la vérité.

 

ANDRE - Merci pour ton allusion au bijoutier. Ca risque de me coûter un oeil. Et tes commentaires sur ma fidélité sont déplacés. Pour ma femme, c’est grave ou c’est pas grave ?

 

PAILLARD – Tout dépend du point de vue ou l’on se place, il n’y a rien de cassé, donc ce n’est pas grave, il peut y avoir un traumatisme, alors la…,çà peut être grave.

 

ANDRE – Ecoute Jules, je ne comprends rien, ma femme doit partir en croisière ce soir, alors fais ton possible pour qu’elle soit sur pied. Trois jours c’est trop long.

 

PAILLARD – Et si elle n’est pas remise ce soir…

 

ANDRE – Il faut qu’elle le soit, c’est impératif pour moi !

 

PAILLARD – Ho, ho! J’ai compris, tu as un rendez-vous…, galant ? dois faire un miracle alors ?

 

ANDRE – Tu n’as rien compris, fais quelque chose.

 

PAILLARD – Alors il faut piquer !

 

ANDRE – Piquer ?

 

PAILLARD – Oui, des piqûres, dans le pied, dans les fesses, elle n’est pas douillette au moins ?

 

ANDRE – Ben !

 

PAILLARD – On n’a pas le choix, pour être sur pied ce soir il faut la piquer.

 

Entrée de Gisèle, elle boitille.

 

GISELE – Vous voulez piquer qui ? Moi ? Vous pouvez toujours courir, j’ai horreur des piqûres, je m’évanouis sous la douleur.

 

PAILLARD – Les piqûres que je fais ne font aucun mal, je suis le roi de la piqûre. Vous ne sentirez rien, alors rien du tout.

 

GISELE – Je demande à voir.

 

ANDRE – Voir quoi ?

 

GISELE – Si ce que dit ton ami le docteur est vrai.

 

ANDRE – Hum ! Je sens que tu as une idée derrière la tête, je te connais va.

 

GISELE – A la bonne heure, que ne ferais-tu pas pour me voir guérie, sauter comme un cabri, tiens ! Docteur vous aviez oublié cet animal tout à l’heure et me voir partir en croisière !

 

ANDRE – Chérie, si tu n’es pas rétablie, tu restes ici ! Toi qui aime tellement partir en croisière.

 

GISELE – Donc, tu vas te sacrifier pour faire le test ?

 

PAILLARD – Je m’excuse, quel test ?

 

GISELE – Mon mari va expérimenter votre dextérité à faire des piqûres indolores et si le test est concluant, vous pourrez me piquer aussi. Parce que mon mari est encore plus douillet que moi.

 

PAILLARD – C’est une blague ?

 

ANDRE – Gisèle est sérieuse, moi je ne suis pas du tout décidé à faire ce test.

 

PAILLARD - Décide-toi mon vieux, tu étais plus courageux dans ta prime jeunesse.

 

ANDRE – Tu vas me la faire où...La piqûre ?

 

GISELE – Dans la fesse comme moi je présume.

 

PAILLARD – Vous présumez bien madame Gisèle. Vous êtes une femme de tête, charmante en plus. Allez, descends-moi ce pantalon que je te pique.

 

ANDRE - Qu'est-ce qu'il ne faut pas faire pour avoir la paix à la maison.

 

Il descend son pantalon côté opposé aux spectateurs, le docteur se place derrière lui et prépare la piqûre. Gisèle se lève et va se placer face à Jules pour voir sa réaction.

 

ANDRE – Ah non ! Gisou, tu ne regardes pas pendant qu’on me pique.

 

GISELE – Je dois savoir si c’est douloureux ou non, et pour cela, je dois voir ta figure.

 

PAILLARD – Quand tu auras fini tes simagrées Dédé.

 

Il donne une tape sur les fesses et pique.

 

ANDRE ( avec une grimace)– Ah !

 

GISELE ( vite)– Tu as eu mal ? Tu as crié ?

 

ANDRE – Pas du tout ! C'est un ah de surprise! Et tu ne m’as pas laissé finir ma phrase.

 

GISELE – Et tu voulais dire quoi ?

 

ANDRE – C’était rien du tout, je n’ai rien senti. Jules, t’es le meilleur des piqueurs de fesse.

 

GISELE – Je me demande si tu dis la vérité.

 

ANDRE – Si tu veux guérir tu n’as pas le choix, la croisière est à ce prix.

 

GISELE – Finalement, je vais renoncer à cette croisière, emmène-moi plutôt chez le bijoutier, comme l’a suggéré ton ami le docteur.

 

ANDRE – Mon ami Jules est un grand blagueur, la croisière est payée, tu m’en parles depuis des mois, alors ces piqûres vont te remettre sur pied vite fait. Pour le bijoutier, on verra plus tard.

 

GISELE ( ravie ) – Docteur, docteur, vous êtes témoin pour le bijoutier, alors piquez-moi où vous voulez.

 

PAILLARD – A la bonne heure, vous formez un couple exemplaire. Pour vous madame, ce sera l’épaule et le pied. ( Il fait la piqûre dans l’épaule Gisèle ne dit mot.)

 

ANDRE – Et moi, j’ai eu droit à la fesse.

 

PAILLARD – Les tests c’est toujours dans la fesse. Pour moi c’est une première, d’abord piquer le mari pour convaincre sa femme de se laisser faire. Tous pour un, un pour tous, c'est admirable !

 

ANDRE – Et la piqûre dans le pied ?

 

PAILLARD – Inutile, je repasse après ma tournée, Dédé va vous bander le pied, il sait faire çà hein? Je suis très pressé. A bientôt, madame Gisèle, ( il lui fait un baisemain très appuyé ) Dédé à plus. ( Il sort.)

 

GISELE – Un abruti! Ton docteur est un abruti, tu as vu comment il m’a traité ? C’est un vétérinaire, un médecin pour animaux, il doit être spécialisé dans les biques, il en parle tout le temps. Moi, il ne me touche plus.

 

ANDRE – Attends les résultats, je suis sûr qu’il est compétent !

 

GISELE – Et moi je suis certaine du contraire.

 

Elle se lève sans sa béquille et va pour sortir, André la suit du regard.

 

ANDRE – Tu marches sans ta béquille ?

 

GISELE – Comment ? Je marche sans ma béquille. Oh ! Que j’ai mal, j’ai horriblement mal !

 

ANDRE – Bizarre ! Tu n’avais pas l’air d’avoir mal en te levant, tu ne ferais pas un peu de cinéma, je crois que mon ami Jules a fait un miracle, tu es guérie, tu ne vas pas rater ta croisière, je suis content pour toi.

 

GISELE – C’est vrai que mon pied va mieux, comment est-ce possible, ne me dis pas que ton charlatan de docteur m’a guérie, avec ses blagues douteuses qui ne volent pas très haut.

 

ANDRE – Tu as vu comme il te zieutait, tu l’as ensorcelé, il faut que je me méfie, des fois qu’il chercherait à te séduire.

 

GISELE – Avec la tête qu’il a ! Et avec la tête que j’ai en ce moment, pleine de bleus et de bosses, il n’y a pas de risque !

 

ANDRE – Il a vu ta beauté intérieure, c’est un romantique.

 

GISELE – Qu’est-ce que tu as avec ma beauté intérieure, il ne m’a pas fait de radio que je sache.

 

ANDRE – Oh ! Tu es parfois désespérante, ma chérie, je parlais de beauté de l’âme et toi tu me parles de radio.

 

GISELE – Depuis quand t’intéresses-tu à la beauté de l’âme, deviendrais-tu philosophe avec l’âge ?

 

ANDRE – Peut-être, ne perds pas de temps, demande à Emilie de te préparer tes bagages, ta tenue de ski n’est pas appropriée pour la croisière dans les îles grecques.

 

GISELE – Oui, il me faudra surtout des maillots de bain, il paraît qu’il fait une chaleur là-bas, je ne vais prendre que des deux pièces pour être à l’aise.

 

ANDRE – Méfie-toi, il y a des courants d’air sur les bateaux.

 

GISELE – Bon j’y vais, je te ferai remarquer que tu n’as même pas été jaloux quand je t’ai dit que j’allais me mettre en maillot deux pièces. Il n'y a pas longtemps tu aurais fait une crise de jalousie.

 

ANDRE – Que veux-tu ma chérie, j’ai confiance en toi, une confiance aveugle.

 

GISELE – C’est çà, et je dois te croire, c’est plutôt le volcan qui s’est éteint, il n’y a plus qu’une flammèche, qui tremblote avant de s’éteindre.

 

ANDRE – On ravivera la flamme à ton retour.

 

GISELE ( jubile ) – C’est vrai ? En passant chez le bijoutier ? Tu es un amour, à tout à l’heure mon chéri. ( Elle sort.)

 

ANDRE - A tout à l’heure. ( André sort son portable et fait un numéro.) Encore une histoire qui va me coûter un œil, ce cher Jules, je lui retiens un chien de ma chienne. Allô, allô, Monique, c’est toujours ok pour ce soir, je t’attends avec impatience, la voie est libre, et toi, ça va ? Tu auras un peu de retard, quinze minutes, ce n’est pas grave, à tout à l’heure.

 

On sonne, c’est Annelise, l’amie allemande de Gisèle, elle a un accent. André la fait rentrer.

 

ANDRE – Bonjour Annelise, tu viens chercher Gisèle ( Il se font la bise.) Comment ça va ? Tu es un peu en avance ? Comment va ce cher Ludwig?

 

ANNELISE- - Ach ! Il est touchours occupé par sa dernière marotte, il collectionne des poutons de fareuses de la marine. D'ailleurs il m'a chargé de lui en ramener de la croisière

 

ANDRE -Je me demande comment vous allez faire pour ramener des boutons de vareuse, vous n'allez quand même pas les voler!

 

ANNELISE - Nein, j'ai des petites cisseaux et quand ils ont le dos tourné, hopla! Je coupe discrètement le fil.

 

ANDRE - Parce qu’ils ont les boutons dans le dos.

 

ANNELISE - Idiott! J'attends qu'ils mettent leur fareuse sur une chaise. Je ne vous dirai pas ce qu'il faut faire pour qu'ils se déshapillent. Où est notre Gissèle ? Elle est brête au moins ?

 

ANDRE – Elle fait sa valise, elle a eu quelques ennuis au ski.

 

ANNELISE- Elle s‘est cassé la chambe ? Je lui avais dit que les bentes étaient trop raides pour elle ! Alors la croissière c’est foutu ?

 

ANDRE – Pas du tout, le docteur Paillard l’a remise sur pied, maintenant elle court comme un lapin, enfin presque !

 

ANNELISE- De toute façon, en croissière on est surtout gouché sur les chaises longues, elle pourra se reposer. Je peux aller la voir, elle est dans sa champre ?

 

ANDRE – Oui, tu connais le chemin, surtout dis-lui qu’elle est en pleine forme, sinon elle va déprimer et la croisière Pfft !

 

ANNELISE- Je vais lui sortir le grand cheu, je vais lui dire que nous sommes les Waalkyries et que nous allons tout séduire sur notre paassage. ( Elle prend une position altière. ) Nous serons irrésistibles, tout le monde va y paasser, le Kommandant, les lieutenants et même les maatelottes. Il ne faut pas qu’elle ouplie sa robe du soir, pour le paal donné par le Kommandant, il y a plein de lieutenants et autres cheunes gens pour nous faire danser.

 

ANDRE (subitement inquiet) - Tout le monde va passer où?

 

ANNELISE - Ach! Monsieur est chaloux? Ils vont basser dans nos pras.

 

ANDRE - Comment cela, dans vos bras?

 

ANNELISE - - André est un betitt schwein , coochon, il a les idées maal blacées. C'est peaucoup plus simple! Le Kommandant organise un paal et nous allons danser avec tout le monde!

 

ANDRE - A bon ! J’espère qu’ils savent se tenir ! Ils ont quand même un devoir de réserve.

 

ANNELISE- Oh oui ! Ils se tiennent très pien jusqu'à minuit, après les schweins sont lâchés.

 

ANDRE – Le commandant ne tolérerait sûrement pas les excès.

 

ANNELISE- - C’est suûr, mais il ne peut être baartout à la fois, il y a au moins quatre vingt champres à surveiller. Et comme on dit chez nous, baas vu baas pris.

 

ANDRE – Annelise, je compte sur vous pour que ces jeunes ne profitent pas de l’innocence de Gisèle.

 

ANNELISE- Ne vous en faites pas, elle sait se défendre, elle a des criffes. Vous n’avez rien à graindre. (Elle sort.)

 

ANDRE (André se frotte les mains.)- Tout baigne, ce soir je vais enfin connaître le visage de ma Monique, elle qui n’a jamais voulu me le montrer, c’était pourtant facile, avec la webcam, elle a vu le mien, m’a trouvé pas mal et je bous d’impatience, j’espère que je ne vais pas être déçu, ce serait terrible, mais rien qu’à sa voix je suis sûr qu’elle est charmante.( Entrée d’Emilie.)

 

EMILIE – Excusez-moi Monsieur, vous m’aviez donné mon après-midi. La venue de votre femme m’a empêché d’en profiter.

 

ANDRE – On va rattraper cela, dès que ma femme sera partie, vous pourrez partir aussi.

 

EMILIE – Oh ! Merci Monsieur, pour tout et surtout pour mon augmentation. Monsieur peut compter sur moi en cas de besoin.

 

ANDRE – C’est bon à savoir. Madame sera bientôt prête ?

 

EMILIE – Je trouve qu’elle fait un peu des manières, partir en croisière, moi je sauterais en l'air!

 

ANDRE – En l'air? Oui ! avec sa patte blessée Madame aura quand même du mal à sauter en l'air.

 

EMILIE – Je crois que Monsieur la gâte trop.

 

ANDRE – Eh bien ! Emilie allez donc plutôt voir si madame est prête, il ne faudrait pas qu’elle rate son bateau.( Entrée de Gisèle et Annelise qui porte une valise.) Et bien voilà, on est prêt pour le départ, vous n’avez rien oublié ? Passeport, billet, crème de bronzage, maillot de bain, je vous appelle un taxi ?

 

ANNELISE- J’ai ma foiture devant la borte, avec ma falise aussi. J’ai mon appareil photo, on vous montrera au retour les photos du Kommandant et des lieutenants.

 

GISELE ( faussement triste) – Je suis un peu triste de partir et te laisser seul, tu pourrais venir avec nous.

 

ANDRE – En ce moment avec mon nouveau travail, impossible. On se rattrapera une autre fois.

 

EMILIE – Madame a pris sa trousse de toilette, ses médicaments ?

 

GISELE – Nous avons pensé à tout, j’espère ne pas être malade sur le bateau, avec mon pied cassé et ma tête fêlée ce serait le comble.

 

ANDRE – Que dis-tu là ? On ne voit même plus ta bosse, il reste un petit bleu qui commence à devenir vert ém…

 

GISELE – Emeraude, c’est çà ? Youpi ! Il y en a des belles chez le bijoutier, ce sera lors de mon retour, tu m’a promis hein !

 

 

ANNELISE- Allez ma fieille on embarque, je porte la falise, bortez vous bien André, au revoir Emilie.

 

ANDRE (en embrassant sa femme) – C'est moi qui porte la valise à la voiture. Bonnes vacances et revenez bien bronzées.

 

Il sort avec Annelise. Gisèle s'adresse à Emilie.

 

GISELE – Emilie, encore un service, surveillez discrètement mon mari, il est trop content de me voir partir et je n'aime pas cela.

 

EMILIE – Madame pense que Monsieur va s’envoyer en l'air avec une nana?

 

GISELE - C'est dit brutalement, j'ai en effet des soupçons, entre femmes il faut s'entraider, et je ne serai pas ingrate.

 

EMILIE - Madame est très convaincante, je vais surveiller votre loustic de mari.

 

GISELE - Mon loustic de mari? Très drôle, il faut que j'y aille. Au revoir Emilie, ( Elle sort en claudicant. )

 

EMILIE ( jubile )- Au revoir Madame. C'est la meilleure celle-là, elle me paye pour zieuter son mari et lui va peut-être me payer pour que je ferme les yeux. Il a changé d'emploi, le loustic, ha,ha,ha ! Avant il était dans les pompes et maintenant il a une valise. Voyons voir ce qu'elle contient. 

 

( Elle ouvre la valise d'André dans laquelle il y a des sous-vêtements féminins, soutiens-gorges, guêpières, culottes, elle en présente devant elle.) Ouah ! C'est canon, il vend des culottes, des soutiens, des bodys, des strings, voilà qui plairait à mon Fredo.

 

Retour d'André. Emilie remet précipitamment les objets dans la valise.

 

EMILIE ( gênée ) J'ai voulu ranger la valise de Monsieur et elle s'est ouverte.

 

ANDRE ( qui n'est pas dupe ) - Et alors, çà vous plaît ce qu'il y a dedans ?

 

EMILIE – Je ne me permettrais pas de regarder les affaires de Monsieur.

 

ANDRE – Bien sûr, vous seriez bien la première femme à qui çà ne plairait pas.

 

EMILIE – Monsieur a un beau métier.

 

ANDRE – N'est-ce pas ? Revenons à nos moutons, elles sont parties. Vous pourriez me rendre un dernier service, aller me chercher une bouteille de champagne chez l’épicier, vous lui direz de la mettre sur la note, et puis non, je vous donne trente euros, vous payerez tout de suite.

 

EMILIE ( moqueuse ) – Monsieur fête le départ en vacances de Madame ?

 

ANDRE – Non, je crains surtout de m’ennuyer ce soir aussi je vais regarder un film à la télé. On se console comme on peut.

 

EMILIE – Monsieur est malheureux ?

 

ANDRE ( faussement attristé ) J'aurais voulu les accompagner, avec mon boulot....

 

EMILIE – Monsieur devrait aussi prendre quelques amuse-bouche. Parce que le champagne sans douceurs, c’est un peu sec.

 

ANDRE – Dites-moi Emilie, vous avez de l’esprit, alors va pour quelques douceurs comme vous dites, vous n’avez qu’à choisir, je vois que vous avez de l’expérience.

 

EMILIE – Dame, vous n’êtes pas le premier patron que je sers quand sa femme est partie, je dirais même qu’ils sont tous pareils ces cochons.

 

ANDRE – Que voulez-vous dire par là ?

 

EMILIE – Ces messieurs en profitent, quand le chat est parti les souris….

 

ANDRE – Dansent ? Ce sont des coquins, moi c’est différent.

 

EMILIE – Je vous crois, je cours à l'épicerie. ( Elle sort.)

 

ANDRE – Futée cette petite, très futée, je vais me préparer, Monique ne va pas tarder, je suis d’une impatience !( Coup de sonnette.) Tiens, tiens, déjà là ? J’arrive !( Il court dans la salle de bain, revient, se met de l’après- rasage et du déodorant sous les bras.) J’arrive ! ( Il ouvre la porte, c’est un homme.) Bonjour monsieur, c’est pour quoi ? Je n’ai pas de temps à vous consacrer, revenez plus tard !

 

L’homme force l’entrée, André est estomaqué.

 

JEROME – Je n’en ai pas pour très longtemps, Jérôme, Gégé pour les intimes, et vous ?

 

ANDRE – Vous quoi ?

 

JEROME- Vous quoi, monsieur a un prénom sans doute.

 

ANDRE – Ecoutez monsieur, vous forcez l’entrée de ma maison, je vous demande de sortir ou j’appelle la police.

 

JEROME- Oh là ! Tout doux, je suis presque de la police,Quand vous saurez l’objet de ma visite, vous deviendrez plus aimable.

 

ANDRE – Alors, j’attends !

 

JEROME – Je suis chargé d'une mission très spéciale et vous pouvez peut-être m'aider.

 

ANDRE - Et moi je suis très pressé et je n'ai pas le temps de....

 

JEROME - Je ne vous dirai qu'un mot, Monique!

 

ANDRE ( surpris ) - Monique?

 

JEROME - J'ai vu votre œil s'allumer, vous connaissez une Monique?

 

ANDRE - Non, pas spécialement, ce prénom ne me dit rien.

 

JEROME - Et Paillard?

 

ANDRE - Ah! Le docteur, un copain d'école sa femme s'appelle Monique, je crois. Je ne comprends toujours pas.

 

JEROME - C'est confidentiel, il parait que sa femme le trompe, avec un internaute.

 

ANDRE - Un internaute?

 

JEROME - Oui, un mec qui surfe et qui lui a fixé un rendez-vous par Internet.

 

ANDRE - C'est du virtuel, aucun rapport avec la réalité. Comment Paillard a-t' il appris cela?

 

JEROME - Il a reçu un message anonyme: Ce soir les cocus comptez-vous, Monique a rendez-vous avec A..

 

ANDRE ( inquiet ) - Rendez-vous avec A....,ha, ha! C'est une blague.

 

JEROME - Une blague? Peut-être, Paillard est très jaloux et il m'a demandé d'enquêter, je suis détective privé.

 

ANDRE - Détective privé! Tiens, tiens! ( André regarde sa montre ) Partez monsieur je n’ai rien à voir avec tout çà.

 

JEROME - J'ai cru comprendre que vous étiez un ami de Paillard et le rendez-vous est fixé dans les parages.

 

ANDRE - Quel rendez-vous?

 

JEROME - Le rendez-vous de Monique avec son internaute.

 

ANDRE - L'internaute a donné son adresse par Internet? Quel benêt.

 

JEROME - Paillard surveille sa femme de très près avec caméra et GPS. Il a vu une adresse, rue des Martyrs et çà lui a mis la puce à l'oreille.

 

ANDRE - La puce à l'oreille? On croirait du Feydeau. Et il y avait un numéro?

 

JEROME - Non, et c'est bien dommage, cela m'aurait facilité le travail.

 

ANDRE - La rue fait trois bons kilomètres, vous n'avez pas encore fini de sonner à toutes les portes.

 

JEROME - J'ai une meilleure idée, je connais le numéro d'immatriculation de la voiture de madame Paillard. Je me planque, et quand elle arrive je la suis discrètement et hop, flagrant délit, une photo avec son amant, trois cents euros dans ma popoche, du bon boulot sans risque.

 

ANDRE - Vous savez y faire vous, vous êtes un spécialiste.

 

JEROME - Vingt ans de métier, quatre-vingt seize pour cent de réussite, je vous laisse ma carte. Regardez, Société Gégélafouine.com en un seul mot, si vous avez besoin de mes services, on ne sait jamais. Vous êtes marié, on n'est jamais trop prudent, vous savez les femmes!

 

ANDRE - Avec la mienne aucun risque, fidélité exemplaire.

 

JEROME - Peut-être, vous savez, les maris cocus sont toujours les derniers informés. Ils ne voient jamais les cornes qui leur ont poussé sur le front. Un jour ils veulent sortir et ils restent pris dans le chambranle, et là, çà fait mal!

 

ANDRE - Dans le chambranle?

 

JEROME - Oui, dans le chambranle de la porte avec leur cornes.

 

ANDRE - Vous êtes un détective humoriste, le rendez-vous est pour ce soir?

 

JEROME - Ben, oui !

 

ANDRE - Alors ne prenez pas le risque de la rater, elle est peut-être déjà en route, comment s'appelle-t' elle déjà?

 

JEROME - Monique, elle s'appelle Monique. Je me sauve, à bientôt!

 

ANDRE - C'est çà, à bientôt!

 

Jérôme va pour sortir et Emilie revient avec le champagne, ils se croisent, Jérôme la salue cérémonieusement il fait mine de sortir, se ravise et revient vers André.

 

JEROME - On peut dire que vous avez de la chance, vous n'êtes plus suspect.

 

ANDRE - Suspect?

 

JEROME - Vous étiez sur la liste, avec ce que je viens de voir, vous êtes blanchi.

 

ANDRE - Vous parlez de quoi?

 

JEROME - Vous êtes rayé de la liste des internautes, cette dame qui n'est pas Monique, est le meilleur des alibis.Vous ne vous ennuyez pas pendant l'absence de votre femme. Et en plus elle ramène le champagne.

 

ANDRE - Attendez, ce n'est pas du tout ce que vous croyez, cette dame est...., et après tout, pourquoi pas, vous êtes un malin vous, vous comprenez vite!

 

JEROME - Normal, profession oblige, madame, monsieur, bonne soirée. ( Il sort.)

 

ANDRE - Ces représentants, tous les mêmes. Vous avez ramené le champagne et les petits fours, je vous remercie Emilie, sans vous je serais perdu.

 

EMILIE - Je vais vous laisser. Sans vouloir me mêler de ce qui ne me regarde pas, je suis la bibine de qui?

 

ANDRE - La bibine? Non! l'alibi! Ce monsieur a dit? Effectivement, il a dit l'alibi! Je n'ai pas compris non plus, c'est sans importance!

 

EMILIE ( pincée ) - Monsieur ne me fait pas confiance. Je ne suis bonne qu'à aller chercher le champagne, c'est tout.

 

ANDRE - Non, Emilie, je vais tout vous dire, ce monsieur est détective privé et il recherche l'amant de la femme du docteur Paillard, vous vous rappelez? Celui qui a soigné ma femme tout à l’heure.

 

EMILIE ( intéressée )- Et l'amant, c'est vous?

 

ANDRE ( faussement indigné .) - Pas du tout! Oh! Qu'allez vous chercher là, je ne la connais même pas cette dame. Ce monsieur fouine, il met son nez partout, et je lui ai laissé croire que vous et moi, enfin, vous me comprenez?

 

EMILIE ( joue l'outrée )- Monsieur et moi, ensemble? Sans me demander mon avis?

 

ANDRE - C'était une blague pour me débarrasser de ce personnage.

 

EMILIE - Je me disais aussi, Monsieur et moi, pas possible, trop de différences!

 

ANDRE - Quelles différences?

 

EMILIE - Pour commencer l'âge, sans vous vexer, moi, vingt-six ans et vous, croulant et marié!

 

ANDRE - Croulant ? Je n'ai que cinquante quatre ans, je ne suis pas un vieillard! Si vous voulez bien, on continuera cette conversation une autre fois, j'ai un coup de fil urgent à donner.

 

EMILIE - Je comprends, je comprends de mieux en mieux, elle a du retard, çà vous inquiète, alors moi je me tire, je ne voudrais pas qu' elle me voit et me prenne pour ce que je ne suis pas.

 

ANDRE - Il n'y a personne d'autre, personne, alors merci encore et à demain, et puis non tiens, après-demain, je vous donne une journée de congé.

 

EMILIE - Oh! Monsieur est trop bon, je vais pouvoir aller voir mon Fredo, je vais lui faire la surprise, il va être content. Si j'osais, je demanderais à Monsieur de me prêter un objet que j'ai vu dans la valise, tout à fait par hasard, mon Fredo sera épaté !

 

ANDRE - Un objet dans ma valise ? D'accord, faites vite.

 

EMILIE – J'en ai pour une minute, merci Monsieur.

 

Elle prend la valise et part vers les chambres et se ravise.

 

EMILIE -  Ah! J'oubliais, mettez le champagne au frais, l'épicier n'avait que du mousseux, alors j'ai fait un saut au supermarché. Je n'aurais pas voulu que Monsieur fasse petits moyens.

 

ANDRE - Petits moyens?

 

EMILIE - Inviter une dame et lui proposer du mousseux, ça fait petits moyens, on n'attrape pas de mouches avec du vinaigre.

 

ANDRE - Comme je suis tout seul.

 

EMILIE - Même tout seul le mousseux fait petits moyens. Bon, je me dépêche.

 

Elle sort. André se précipite sur le téléphone, il compose le numéro de Monique.

 

ANDRE – J'espère qu' Emilie sera partie avant l'arrivée de Monique, ce serait ennuyeux. D'après ce détective, ma Monique serait la femme de Paillard, ah ! Je n'ose y croire, il va falloir jouer serré et tant pis pour Jules, ça lui fera les pieds. ( Il téléphone) Allô, Monique, c'est André, comment vas-tu ma petite caille? Tu allais partir, très bien, une petite recommandation, ne te gare pas devant ma porte, mets-toi dans la rue derrière, la rue des Petites Sœurs, c'est tout à côté, il vaut mieux prendre ses précautions, allez je t'attends, à tout de suite, ma colombe.( Il raccroche.) Voilà, cette petite précaution va causer bien du souci à ce cher détective qui n'a pas l'air d'avoir inventé la poudre.

 

Emilie revient elle a enfilé un déshabillé sur ses vêtements.

 

EMILIE - Comment me trouvez-vous ?

 

ANDRE – Comment ? C’est ridicule, vous avez gardé vos habits en-dessous, il faut le mettre sans rien en-dessous !

 

EMILIE – Minute, je reviens. ( Elle repart direction les chambres. )

 

ANDRE – Quelle nunuche! Il faut qu'elle se dépêche, sinon elle va me casser mon coup.

 

Il allume le poste, on donne des informations. "Terrible tempête sur la Méditerranée, tous les navires sont bloqués dans les ports. Le Calypso navire de croisière a cassé son ancre, il a dérivé. Le départ de la croisière est différé d'une semaine, les passagers sont invités a prendre, il éteint le poste.

 

ANDRE - Le Calypso, c'est le bateau de Gisèle, donc elle n'est pas partie, j'espère qu'elle va dormir à l'hôtel et ne revenir que demain. Ca sent le roussi, il faut que je prévienne Monique que nous devons tout annuler.

 

Il prend son portable, mais on sonne à la porte d'entrée, André est un peu affolé, il met sa robe de chambre et va ouvrir, c'est le docteur Paillard.

 

PAILLARD - Mon cher Dédé, je suis désolé, j'ai oublié mon stéthoscope chez un de mes patients et je ne sais plus lequel et un docteur sans stéthoscope, c'est comme un chasseur sans cartouches. Je ne l'ai pas laissé ici? ( Il fait semblant de fouiller sous le divan. )

 

ANDRE - Il n'y a pas de stéthoscope ici, d'ailleurs j'allais me coucher, j'ai eu une dure journée.

 

PAILLARD - Toi aussi? Tu permets que je m'asseye un instant, deux minutes pour reprendre mon souffle.

 

ANDRE - Deux minutes alors. Tu as un métier éreintant, toujours sur la brèche à traquer les patients.

 

PAILLARD - A vrai dire, ce soir ce ne sont pas les patients que je traque, mais une femme infidèle que je veux prendre sur le fait.

 

ANDRE - Tu es aussi détective ?

 

PAILLARD - Il s'agit de ma femme.

 

ANDRE - Ta femme? Ca alors! Je l'ai eu au téléphone quand je t'ai appelé. Et pourquoi viens-tu chez moi chercher ta femme?

 

PAILLARD - Je ne viens pas chercher ma femme ici, Monique a rendez-vous dans ta rue avec un internaute et je suis malheureux.( Il renifle bruyamment.)

 

ANDRE - Tu es sûr qu'elle te trompe?

 

PAILLARD - Certain, je l’ai trompé une fois et elle veut sans doute se venger.

 

ANDRE - Une fois ?

 

PAILLARD - Oui, une fois.

 

ANDRE - Avec les occasions qui se présentent dans ta profession tu veux sans doute rire!

 

PAILLARD - Bon deux ou trois fois maximum, c'était sans conséquence, tu comprends ma douleur.

 

ANDRE ( moqueur ) - Je comprends surtout que tu n'as que la monnaie de ta pièce, c'est la vie, Julot, il faut faire avec.

 

PAILLARD - Je deviens fou en y pensant, ma douce Monique, un ange, me faire porter des cornes, c'est impossible.

 

ANDRE - On ne les voit pas encore, tu passes les portes sans te cogner au chambranle.

 

PAILLARD - Quel chambranle?

 

ANDRE - Laisse tomber, tu es fatigué, alors rentre à la maison et demain tout sera plus clair.

 

PAILLARD - Je ne peux pas rentrer, je suis censé être à un colloque ce soir, mais l'objet du colloque m'a fait faux bond.

 

ANDRE - Ben dis donc, tu ne manques pas de toupet, tu pistes ta femme parce que tu crois qu'elle te trompe et en même temps tu as un rendez-vous galant, c'est ta femme qui se cogne aux chambranles avec ses cornes.

 

PAILLARD - Oh! Arrête avec ces chambranles, c'était un colloque de rupture.

 

ANDRE - Tu n'as qu'a dire que le colloque est annulé c'est tout.

 

PAILLARD - Impossible, je me disais que tu pourrais peut-être m'héberger pour cette nuit.

 

ANDRE - Pour cette nuit? Pas question, nous n'avons qu'une chambre d'ami et elle est occupée.

 

PAILLARD - Ah ! Parce que toi aussi?

 

ANDRE - Quoi! Moi aussi!

 

PAILLARD - Ta femme est partie en croisière, alors tu en profites mon gaillard!

 

ANDRE - Je n'ai pas tes instincts lubriques, l'occupant de la chambre est un homme.

 

PAILLARD - Ah! Tu fais aussi dans le, dans le...

 

ANDRE - Dans le quoi? Vous les médecins vous êtes incroyables, vous voyez le mal partout, je suis fidèle moi !

 

PAILLARD – Bon ! Je disais cela pour meubler.

 

A ce moment Emilie revient, elle a enfilé la nuisette. Elle n'a pas vu Paillard et défile un peu.

 

EMILIE - C' est mieux comme çà? Je suis plus à l'aise.

 

Elle s'arrête surprise devant Paillard qui profite du spectacle.

 

PAILLARD – Ah ! C'est nettement mieux, félicitations Madame ! Dédé, quel bel homme dans ta chambre, toi qui m'accuse de luxure, tu fais dans la dentelle !

 

ANDRE – Ce n'est pas du tout ce que tu crois, c'est Emilie notre bonne qui essaye les lingeries que je vends. Emilie, vous pouvez vous changer et partir. 

 

EMILIE – Merci Monsieur pour tout. ( Elle retourne vers les chambres. )

 

PAILLARD Elle est canon cette fille et en plus tu l'as sous la main, t'es un malin. ( Il voit la bouteille de champagne.) Oh! Du champagne, on ne s'ennuie pas chez Gazon, il faut dire qu'on n'attrape pas les mouches avec du vinaigre.

 

ANDRE - Rien du tout, cette bouteille c'était pour fêter le retour de ma femme, avec tous ces événements on l'a oubliée. Quant à Emilie notre bonne, il ne me viendrait pas une seconde l'idée de la draguer, trop jeune !

 

PAILLARD ( s' assoit) - On s'est bien rincé l'œil quand même. Au fait comment elle va cette charmante madame Gazon, elle est remise? Je t' ai retiré une sacrée épine du pied. Sans moi, dans le baba ton rendez-vous! Elle ne partait pas.

 

ANDRE - Il n'y a pas de rendez-vous, je te remercie quand même, surtout pour ma femme, elle avait tellement envie de cette croisière!

 

PAILLARD - Bien sûr, et ça te permet de vaquer à tes petites affaires, tranquillement!

 

Retour de Emilie, avec une valise.

 

EMILIE – Je vais m'en aller si vous le permettez, je suis si contente, ( elle embrasse André qui se laisse faire, stupéfait. ) Merci pour le cadeau.

 

PAILLARD – Votre défilé était charmant madame. A la place de Dédé, je vous offrirais une coupe de champagne.

 

ANDRE – Tu n'es pas à ma place, bon voyage Emilie et à mardi.

 

EMILIE – Au revoir Messieurs. ( Elle sort. )

 

PAILLARD – Je m'excuse d'avoir gâché ta soirée, je n'aurais pas du m'occuper de tes affaires.

 

ANDRE ( s'énerve ) - Quelles affaires? Je m'apprêtais à aller me coucher, j'ai une dure journée demain, alors je ne te retiens pas, tu comprends?

 

PAILLARD - Bien sûr, bien sûr, tu vas au lit avec les poules, tout seul, j'ai fait fuir ta poulette, je m'excuse encore une fois !

 

ANDRE - Tu ne penses qu'à la gaudriole toi! J'espère que tu es un cas isolé dans ta profession? Bon, tu sais qu'il y a un très bon hôtel à deux pas d'ici? Le Cygne rose. Tu peux y aller seul ou accompagné.

 

PAILLARD - Seul ou accompagné? Je suis seul.

 

ANDRE - Il parait qu'ils fournissent la marchandise.

 

PAILLARD - Vraiment? Et comment tu sais çà toi?

 

ANDRE - J'ai parlé au portier une fois. Dis-lui que tu viens de ma part, il comprendra.

 

PAILLARD - Tu m'en diras tant, ce Dédé, sans avoir l'air d'y toucher, il m'épate. Je ne comprends pas. Avec la femme que tu as, un canon, aller voir ailleurs, ça me dépasse.

 

ANDRE - Ca te dépasse! Et ta femme, c'est un laideron? Tu as dit que c'était un ange, pourtant tu la cocufies sans complexe!

 

PAILLARD - Tu exagères, tu sais aussi que l'herbe est plus verte dans le pré du...

 

ANDRE - Voisin, je sais, alors va donc voir le gazon au Cygne rose, tu pourras brouter à l'aise.

 

PAILLARD - Merci pour ton hospitalité et le coup à boire.

 

ANDRE (regardant sa montre.) - Tu as vu l'heure, on s'invite un de ces soirs. ( Il raccompagne Paillard à la porte, et le met quasiment dehors.) Allez, le bonjour à ta femme, enfin si tu la trouves. ( Il s'essuie le front.) Ouf! J'ai bien cru qu'il n'allait jamais partir, quelle idée j'ai eu de l'appeler pour le pied de Gisèle. Il va être cocu ce cher Jules, ça lui apprendra, Appelons ma petite caille.( Il sort son portable, le numéro quand on frappe à la porte.) Ca y est, c'est elle, et Paillard j'espère qu'il ne l'a pas vu.

 

Il court se regarder dans une glace se passe la main dans les cheveux, se remet de l'après-rasage et va ouvrir. La dame derrière la porte n'est pas Monique mais Patricia la femme de Jérôme le détective. Elle est habillée d'un tailleur noir, très strict, André croit avoir affaire à Monique.

 

ANDRE ( très charmeur ) - Entrez, vous êtes la bienvenue!

 

Patricia un brin étonné entre et regarde autour d'elle, puis elle va à la fenêtre et regarde au dehors, fait le tour de la pièce sous le regard étonné d'André, et finalement s'installe sur le coin d'une chaise. Elle regarde longuement André, celui-ci ne sait quelle position prendre et se trémousse en souriant bêtement.

 

PATRICIA - Vous avez eu de la visite tantôt. Ce monsieur ne m'a pas vu et je n'ai pas sonné, la discrétion est un des principes de base.

 

ANDRE - On n'est jamais trop prudent, ici vous êtes..., je veux dire tu es à l'abri, viens

t' asseoir sur le canapé, tu seras plus à l'aise, je nous sers une petite coupe.

 

PATRICIA ( Très étonnée par le tutoiement ) - Une petite coupe? Ca n'était pas prévu, parce que pour moi c'est la première!

 

ANDRE - La première fois? Et bien moi aussi, nous inaugurerons ensemble!

 

Il va prendre Patricia par la main et l'installe sur le canapé.

 

PATRICIA - Oh! Ca va beaucoup trop vite pour moi, ce n'est pas ce qui était prévu au départ, je n'ai pas d'expérience, alors laissez-moi le temps de m'adapter.

 

ANDRE - Tu es ici chez toi, détends-toi, il ne peut rien t' arriver.

 

PATRICIA - Vous tutoyez tout le monde comme çà? ( On sonne.)Vous attendiez de la visite?

 

ANDRE - Moi, pas du tout, je n'attendais que toi, je vais renvoyer cet importun vite fait.

 

PATRICIA - Vous m'attendiez? C'est curieux, personne ne doit me voir, il faut que je me cache, il faut que je me cache! ( On sonne à nouveau.)

 

ANDRE - Je ne laisse rentrer personne. Par précaution, va à la salle de bain, c'est pour une minute, deux au plus.

 

Il l'accompagne et ensuite va ouvrir la porte, c'est Paillard qui force l'entrée.

 

PAILLARD - Merci pour tes renseignements, j'ai failli me faire avoir en beauté par ton portier.

 

ANDRE - Mon portier?

 

PAILLARD - Le portier du Cygne rose que tu m'as recommandé. Il m'a proposé une chambre, trois cent euros une suite garnie qu'il disait, un cagibi, oui, et pour la garniture, du pas très frais, même du réchauffé, ton hôtel, et bien c'est un hôtel de passe!

 

ANDRE (sermonneur ) - Vous êtes drôle vous les docteurs. Vous débarquez à dix heures du soir, avec vos problèmes de couple, vous vous plaignez de l'infidélité de votre femme, alors qu'elle tire une série de casseroles impressionnantes, on vous donne une adresse pour assouvir vos instincts lubriques et vous faites la fine gueule parce que soi-disant la chambre ne vous convient pas!

 

PAILLARD - Alors là! Dédé tu me la coupes, moi qui venait chercher du secours je suis servi, tu n'es pas très amical, n'oublie pas que sans moi ta femme restait ici et tous tes projets tombaient à l'eau.

 

ANDRE - Quels projets? Rester tranquillement chez soi et....( Le portable d'André sonne.) Excuse-moi. ( Il va dans un coin.) Allo, oui, ah! C'est, c'est toi? C'est vous? Comment? Non, vous ne trouvez pas? C'est gênant? Oui, non! Pas du tout, je viens tout de suite! ( En aparté à son portable.) Si Monique est là? C'est qui l'autre?

 

PAILLARD ( intrigué ) - Un problème avec ton portable? Je peux t'aider?

 

ANDRE - Non! Enfin oui, je dois m'absenter impérativement, un ami m'appelle à son chevet,non à son secours, il est en panne..., de, de voiture, je dois l' aider. Tu sais les amis c'est sacré!

 

PAILLARD - A qui le dis-tu? Et moi je fais quoi en attendant?

 

ANDRE - C'est l'ami qui doit occuper la chambre......Euh! D' ami, justement, je t'en avais parlé tout-à l'heure.

 

PAILLARD - Oui, j'espère qu'elle vaut le coup d'œil. Ah ! C'est la dame qui venait chez toi quand je suis parti tout à l'heure ?

 

ANDRE – Ah! Tu as vu une dame! Il me vient une idée, je vais te rendre un dernier service. Promets de n'en parler à personne.

 

PAILLARD - Un dernier service ? J'espère qu'il est meilleur que le dernier, le Cygne rose.

 

ANDRE - Il est même canon, accroche-toi c'est du lourd. Dans ma salle de bain se trouve une personne qui, connaissant tes penchants ne pourra que te plaire, si tu sais y faire, mais promets-moi de partir tout de suite, tu entends tout de suite et claque la porte en sortant!

 

PAILLARD – Tu as ma promesse. C'est..., la dame de tout à l'heure?

 

ANDRE ( lui barre l'accès )- Oui! Un canon! Tu me remercieras après !

 

André sort en hâte.

 

PAILLARD - Quelle hâte, quelle hâte, et il veut me faire croire que c'est pour un ami, mon œil! Et la femme tout à l'heure, je n'ai donc pas rêvé. Et je fais quoi maintenant? ( On entend un craquement dans la pièce à côté.) C'est vrai qu'il y a quelqu'un, avec Dédé on ne sait jamais je me sauve ou j'entre! Du cran, Paillard, du cran, tu es docteur!

 

Il dirige vers la porte de la salle de bains, et toque à la porte.

 

PAILLARD - Il y a quelqu'un ?

 

La porte s'ouvre et Patricia apparaît, elle a retourné sa veste qui est maintenant blanche, un foulard rouge autour du cou elle est transformée, rouge à lèvres, un peu poule, et pas du tout apeurée, c'est Paillard qui est abasourdi. Elle est surprise que ce ne soit pas André.

 

PATRICIA Euh ! Vous n'êtes pas monsieur Gazon ?

 

PAILLARD ( en aparté)- Vingt-dieux, ce Dédé quel cachottier! (Tout haut.) Non Dédé, euh ! Monsieur Gazon a du s'absenter précipitamment ? Docteur Paillard, Jules Paillard pour vous servir.

 

PATRICIA - Docteur Paillard ? C'est curieux, enchantée, Patricia, je me refaisais une beauté!

 

PAILLARD - Qu'est-ce qui est curieux ?

 

PATRICIA - Rien, une sorte de prémonition. Vous disiez quoi?

 

PAILLARD - Euh! Je disais que vous avez de la classe, André a bon goût, il faudra que je le félicite.

 

PATRICIA - Je ne vois pas matière à félicitations

 

PAILLARD - Vous le connaissez? Puisque vous sortez de sa salle de bains.

 

PATRICIA - Monsieur Gazon est une relation d'affaires, et il m'a prêté sa salle de bains. 

 

PAILLARD - D'accord, d'accord. Et quelles affaires?

 

PATRICIA - Confidentielles et matrimoniales, je n'en dirai pas plus, secret professionnel.

 

PAILLARD - Je comprends, j'y suis tenu aussi de par ma profession, je suis docteur. ( Il se rapproche, charmeur. ) Plutôt que de parler là debout, nous pouvons nous asseoir, peut-être faire un peu connaissance en attendant le retour d'André.

 

PATRICIA ( joue le jeu. ) - Cinq minutes alors, car je suis en mission de recherche d'indices.

 

Ils s'assoient sur le canapé, et Paillard pose la bouteille et va chercher deux coupes. Il s'ingénie à ouvrir la bouteille.

 

PAILLARD - André a dit, fais comme chez toi, alors nous allons goûter son champagne.

 

PATRICIA - Normalement, je dois refuser, mais le champagne....

 

PAILLARD - C'est trop tentant, n'est-ce pas? ( Il essaye toujours d'ouvrir la bouteille, mais elle lui résiste.) Alors, vous travaillez dans quelle branche? Je n'ai pas bien saisi.

 

PATRICIA - En fait je fais un remplacement au pied levé, (elle lève sa jambe.) C'est pour dépanner. J'adore travailler dans l'adultère, c'est passionnant!

 

PAILLARD ( toujours occupé à ouvrir le champagne. Il ne peut quitter Patricia du regard qui fait tout pour l'aguicher. Il a un hoquet au mot adultère) - L'adultère? Qu'est-ce qu'une charmante femme comme vous peut trouver de bien à l'adultère?

 

PATRICIA - Merci pour votre appréciation, tout le monde n'est pas aussi galant. Moi, je traque tous les maris qui le commettent, l'adultère.

 

PAILLARD - Vous êtes détective ? Vous traquez aussi les femmes?

 

PATRICIA - Je préfère traquer les hommes. Ils sont moins intelligents, les femmes se méfient plus, et cachent leur jeu. Et une femme qui commet l'adultère est en général une femme trompée par son mari n'est-ce pas ? Donc ce n'est que justice.

 

PAILLARD - Et l'inverse ne se produit pas?

 

PATRICIA - Très rarement.

 

PAILLARD - Et vous cherchez quoi ici et spécialement dans la salle de bains de mon ami André?

 

PATRICIA - Des renseignements sur un amant internaute qui sévit dans cette rue.

 

PAILLARD - Un amant internaute? Ce serait l'amour par Internet? Il y a de ces coïncidences. Vous disiez?

 

PATRICIA - Justement, ce soir il y a rendez-vous pour la consommation.

 

PAILLARD - Quelle consommation?

 

PATRICIA - On voit que vous n'êtes pas de la partie. Ce soir les deux amants doivent se rencontrer pour finaliser leurs fantasmes ébauchés sur Internet.

 

PAILLARD - Vous avez de ces expressions pour désigner une rencontre amoureuse. Et tout cela doit se passer ici chez mon ami André. Il est impliqué?

 

PATRICIA - Pas du tout, il n'est pas sur la liste des suspects, quoique, mon mari l'a barré, quand il a vu la visite qu'il a eu tantôt, une jeune, un peu nunuche, qui ne correspond pas à la femme de notre client.

 

PAILLARD - Ah! Votre mari est aussi dans l'adultère, vous travaillez de concert ?

 

PATRICIA - Oui, il est sur une autre affaire, un homme à surveiller, alors il m'a demandé de m'occuper de celle-ci. Il faut dire que je suis spécialiste, profileuse, j'ai un nez.

 

PAILLARD - Un nez pour quoi?

 

PATRICIA - J'ai un sixième sens pour repérer les hommes qui trompent leurs femmes.

 

PAILLARD - Un sixième sens! Vous êtes la Sherlock Holmes de l'adultère, c'est bon à savoir. Et comment devinez vous quand un mari trompe sa femme?

 

PATRICIA - Les hommes sont naïfs, on peut leur tirer les vers du nez sans qu'ils s'en aperçoivent.

 

PAILLARD - Il faudra que je me méfie. Et votre mari s'occupe d'un autre homme ?

 

PATRICIA - Oui, il surveille un homme dans un hôtel des environs.

 

PAILLARD - Dans un hôtel? Ce ne serait pas par hasard l' hôtel du Cygne rose?

 

PATRICIA - Mais si, comment avez vous deviné? Vous avez aussi un sixième sens?

 

PAILLARD - C'est le flair des french docteurs.

 

PATRICIA - C'est vrai que vous êtes docteur, c'est curieux, mon client est aussi docteur. Quel hasard! Il y a beaucoup de cocus, enfin je veux dire de docteurs trompés dans votre profession?

 

Pendant tout ce dialogue, Patricia croise et décroise ses jambes, Paillard voit le manège tout en voulant ouvrir le champagne qui lui résiste toujours. Il est devenu tout rouge car il ne sait pas où regarder.

 

PAILLARD - Je ne sais pas, nous sommes souvent absents, nous les docteurs, et comme vous êtes dans la profession, je peux vous dire que j'ai des doutes sur la fidélité de ma femme. Au fait comment s'appelle votre agence?

 

PATRICIA - C'est un nom un peu ridicule Gégélafouine.com, j'aurais préféré un nom plus sélect comme comme...Secret d'alcôve ou Tromperie.com.

 

PAILLARD - Tromperie.com c'est en effet plus sélect. Gégélafouine, je connais c'est votre mari que j'ai recruté pour suivre ma femme. Alors c'est vous qui vous occupez de mon cas?

 

PATRICIA - Et oui! J'avais deviné! Il y a de ces coïncidences, alors vous êtes docteur?

 

PAILLARD ( enjôleur ) - Oui, pour vous servir, spécialiste en foulures, entorses et autres fractures. Je vous avertis tout de suite, je ne trompe pas ma femme.

 

PATRICIA - Ah! Je suis contente de vous avoir comme client, vous êtes sympathique et j'ai justement une petite foulure là, au poignet, si vous voulez bien regarder.

 

A ce moment en entend du bruit venant de l'extérieur.

 

PAILLARD - Allons examiner cette foulure dans la salle de bains, je ne voudrais pas gêner Dédé s'il n'est pas seul.

 

Ils disparaissent dans la salle de bains. Entrent André et Monique qui a l'air assez apeurée. André s'assure d'un coup d'œil qu'il n'y a plus personne.

 

ANDRE - Entrez ma chère amie, ici vous êtes en sécurité, il ne peut rien arriver. Tenez asseyez-vous là, vous désirez quelque chose, un rafraîchissement, un café?

 

MONIQUE - Un petit remontant, un cognac pour me donner du courage.

 

ANDRE - Tout de suite, la bouteille est en cuisine, vous ne pouvez pas savoir comme votre présence me fait plaisir, vous êtes encore plus belle que dans mes rêves.

 

Il s'approche d'elle les yeux enamourés, prêt à l'enlacer, Monique s'esquive.

 

MONIQUE – Eh ! Laissez-moi m'habituer, d'abord le cognac.

 

ANDRE ( décontenancé ) - Euh oui ! Vous avez raison, d'abord le cognac.

 

Il sort. Dès qu'il est sorti Monique se lève et va regarder les portraits au mur.

 

MONIQUE - Il allait me sauter dessus comme un sadique, les hommes tous pareils ils ne pensent qu'a çà. Bon il n' est pas trop moche c'est plus facile de tromper son mari avec un beau plutôt qu'avec un hideux. En plus c'est un client à lui, çà va être chaud mais c'est trop tard pour les regrets. ( Elle regarde une photo au mur. ) Si c'est sa femme, je comprends, elle a au moins cent ans. Gégé la Fouine a suivi mon mari jusqu'à un hôtel louche, le Cygne rose, ce n'était pas pour y soigner un patient, il n'avait pas sa trousse, après il a perdu sa trace, et moi je me venge.

 

André revient avec le cognac et lui sert un verre. Il ne sait pas comment annoncer à Monique que sa femme va arriver et qu'elle doit partir. Monique a sorti son portable et cherche la photo d'André.

 

MONIQUE - Je vous ai pris en photo, sur la webcam, je dois vérifier, vous êtes mieux sur la photo, là vous avez l'air crispé et nerveux.

 

ANDRE ( prend la main de Monique.)- Montrez voir, c'est vrai que je suis réussi. Mais vous êtes magnifique. Oh! vous avez les mains froides, froid aux mains, chaud au cœur comme on dit.

 

MONIQUE ( prend son verre et le vide d'un cul sec ) - Ce n'est pas le moment de reculer, nous n'avons pas de temps à perdre, je suis venu pour une chose bien précise, alors décidons-nous tout de suite. Vous êtes prêt?

 

ANDRE - Enfin oui, c'est-à dire que.....

 

MONIQUE - Ne perdons pas de temps.

 

Elle enlève sa veste, s'assoit sur le bord du canapé et ferme les yeux. André ne sait quoi faire.

 

MONIQUE ( au bout d'un moment.) - Alors j'attends!

 

ANDRE - Monique, tout ceci est très rapide et je crois que....

 

MONIQUE - Vous attendez sans doute que je change d'avis?

 

ANDRE - Pas du tout, je ne sais comment vous annoncer çà, ce soir j'ai un affreux contretemps, une visite inattendue, nous devons donc remettre notre soirée à une autre fois. J'espère que vous n'allez pas m'en vouloir.

 

MONIQUE (ouvre un œil.) - Une autre fois! Vous n'y pensez pas, c'est ce soir ou jamais. Cette occasion ne se représentera plus, vous entendez, monsieur, plus jamais.

 

ANDRE - Monique, je suis désolé...

 

MONIQUE ( se lève, attrape sa veste )- Il n'y a pas de désolé qui tienne, je m'en vais sans espoir de retour, au revoir monsieur, vous m'avez déçu.

 

Elle va pour sortir, quand on sonne à la porte.

 

ANDRE - C'est ma visite, il ne faut pas qu'on vous voit, c'est capital pour moi, pour nous!

 

MONIQUE - Cela m'indiffère, à présent je sors.

 

ANDRE ( se met en travers et la tutoie.) - C'est impossible, derrière la porte il y a peut-être...., ton mari.

 

MONIQUE ( fait un pas en arrière.) - Mon mari?

 

Elle va pour sortir, quand on sonne à nouveau..

 

MONIQUE ( fait un pas en arrière.) - Mon mari? Vous êtes sûr?

 

ANDRE - Certain, il est déjà venu deux fois aujourd'hui.

 

MONIQUE - Deux fois, mon Dieu il faut que je me cache. ( On sonne à nouveau.)

 

ANDRE - La chambre d'ami, là, je viens te chercher dès que possible.

 

Monique se réfugie dans la chambre d'ami et André va ouvrir la porte, c'est Annelise la copine de Gisèle.

 

ANDRE - Non! Voilà la Germanie.

 

ET et, et,

Voilà, si vous voulez lire le reste de ma pièce, envoyez-moi un mail à mon adresse et je me ferai un plaisir de vous envoyer le texte complet. Si vous avez des questions concernant la mise en scène, ou les accessoires je suis à votre disposition.

 

 Une de ces pièces

 vous intéresse? Un

simple email et

je vous l'envoie.

Vos avis sont

les bienvenus que

ce soit pour mon

 site ou pour mes

pièces de théâtre.

Voir: Livre d'Or

 

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Compagnie Fleur de scène de Nantes

Arthur es-tu là? à été jouée par la Cie Fleur de scène de Nantes à la salle Coligny les 17, 18 et 19 novembre. Ils ont eu un grand succès avec cette comédie.

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La troupe de théâtre de Pré en Pail a joué à six reprises et avec grand succès " Qui a tiré la chasse d'eau "

 

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     Au programme

"Une impression de déjà vu" de René NOMMER

             

 

La troupe Familles Rurales de Rochetrejoux ( Vendée ) a joué avec grand succès ma pièce

 

"Une impression de déjà vu" dont vous pouvez lire un extrait sur mon site. Cette comédie déjantée enflamme le public et permet aux acteurs de déployer tout leur talent.

 

  

     

     

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La troupe "Les Amis de la forêt" de Bruxelles ont interprété avec grand succès " Arthur es-tu là? 

 

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Un succès magistral pour la troupe du Pont Rouge Canada qui a joué à sept reprises "Qui a tiré la chasse d'eau"

 

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Encore jouée en Mai 2016 par le Théâtre des Alentours CANADA, le grand succès de "Arthur es-tu là? " ne se dément pas. De nombreuses troupes l'ont inscrit à leur programme. 

 

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" Berny et ses femmes" a rencontré un grand succès avec la troupe  L'Emetteur en scène de SAINT- PERN.

 

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Les Confipotes récompensés. Samedi 1 er avril, les Confipotes de Marcolès, juniors et adultes, se sont installés à Argentat (Corrèze) à l'occasion du festival de théâtre amateur « Les Printanières », qui accueillait cinq troupes du 31 mars au 2 avril. Les Confipotes juniors ont présenté leur spectacle Comme les Grands, composé de saynètes et de danses. Ils ont été suivis par la troupe des adultes, dans la pièce Qui vient sonner tard ? de René Nommer.Dimanche, des prix ont été remis. Si les Confipotes juniors se sont vus remettre le prix de la dynamique de groupe, le 1 er prix du jury et le 1 er prix du public ont été attribués à la compagnie des Confipotes adultes ! Une belle récompense pour les Confipotes de Marcolès, qui perpétuent la tradition du théâtre amateur depuis des années.